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Que se passe-t-il de l’autre côté de la porte ?

6 juin 2017 par Alterdokeo

Bonjour à tous,

Cela fait quelque temps qu’AlterDokeo n’a pas publié sur le blog. Pour un redémarrage estival, nous avons décidé d’aborder un sujet un petit peu plus éloigné des soins d’urgence et gestes de premiers secours quoique très en rapport malgré tout.

L’Étude PRESENCE

Nous voudrions vous parler d’une étude médicale française s’intitulant « PRESENCE ». Elle prend naissance d’une question : « Que faire des familles quand nous intervenons en SAMU pour réanimer une victime en arrêt cardiaque ? »

La présence des proches reste un sujet très débattu et aucune recommandation n’est proposée. Il faut dire que les arguments contre sont légions : les proches gênent dans les gestes de réanimation, les soins ne peuvent pas être effectués de la même façon en présence d’une tierce personne, cela augmente le stress des soignants, le nombre de plaintes pourrait accroitre…

Mais, ne faut-il pas aussi se mettre à la place des proches ? Assister à la réanimation ne peut-il pas faciliter le travail de deuil si malheureusement la victime venait à décéder ? Avons-nous le droit, en tant que soignant, de « priver » la famille de la mort de leur proche ?

Cette étude a porté sur 950 arrêts cardiaques pré-hospitaliers, sur toute la France entre 2008 et 2012. L’étude s’est proposée d’évaluer le stress post-traumatique des familles à 30 et 90 jours après avoir assisté, ou non, aux manœuvres de réanimation sur un proche.

Au total, 60 % des familles qui se sont vu proposer d’assister à la réanimation ont choisi d’être présent. Aucune d’entre elle ne le regrettait au moment de l’évaluation finale. En revanche, parmi celles qui avaient choisi de ne pas y assister, près d’un tiers regrettait leur choix. La proportion de stress post-traumatique était nettement majorée (60 à 70%) chez les personnes n’ayant pas assisté à la réanimation (proposée ou non).

Bien sûr, le stress post-traumatique des familles est important, mais il ne faut pas que sa baisse se fasse aux dépends de la qualité des soins et de l’anxiété des soignants. Le résultat est assez inattendu, mais la présence des proches n’a influé en rien sur la qualité des soins d’après les résultats de cette étude.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Cette étude a été publiée en mars 2013 dans le New England Journal of Medicine

Lorsque nous intervenons en SAMU-SMUR, nous pénétrons à grand bruit dans la vie des gens. Au sens propre comme au figuré. Nous entrons dans des maisons et des appartements, nous nous dirigeons vers les victimes directement. Nous écoutons le bilan de nos collègues Pompiers qui décrivent ce qu’ils ont fait en tant que premiers intervenants. Nous prenons le relais avec eux pour venir en aide à la personne malade. Il est facile de ne pas lever la tête et de ne pas s’intéresser ou de ne pas se préoccuper des proches. Ils sont apeurés souvent, bouleversés tout le temps de voir leur parent malade et de ne pouvoir finalement apporter leur aide.

Il n’y a pas plus tard que 5 jours, l’un d’entre nous est intervenu dans une maison pour une personne victime d’un arrêt cardiaque. L’équipe est arrivée rapidement, les Pompiers déjà sur place pratiquaient depuis 5 minutes un massage cardiaque efficace. Informations prises, l’équipe s’est immédiatement mise au travail.

Les chances de succès de la réanimation étaient très minces en raison des pathologies de la victime. En cours de réanimation, le médecin est allé parler à sa femme, l’informant que pour le moment le cœur de son mari ne battait plus, que les soins optimaux étaient délivrés et que les chances de voir son cœur se remettre à battre étaient très faibles. Il lui a proposé d’assister à la réanimation ce que la femme a accepté en lui disant qu’elle n’osait pas le lui demander.

La réanimation spécialisée a été poursuivie jusqu’à son terme. De longues minutes au cours desquelles la femme a tenu la main de son mari.

Malgré leurs efforts, le cœur de la victime n’a pas repris d’activité et ils ont informé sa femme qu’ils allaient arrêter la réanimation. Bien qu’anéantie, il leur a semblé qu’elle avait compris que la situation pouvait se terminer ainsi. Avant de repartir, elle leur a expliquée qu’elle était soulagée d’avoir pu assister à la réanimation de son mari et qu’elle était apaisée d’avoir vu ce qu’il avait été tenté pour lui.

Nous souhaitions vous parler de cette étude pour aborder d’une manière plus philosophique ce que nous vivons au quotidien. Le savoir faire face aux situations d’urgence tout en restant alerte aux facteurs extérieurs permettant de toujours s’améliorer.

À bientôt

L’équipe AlterDokeo